Fin du studio Manglobe : une industrie en déclin ?

Written by on 5 octobre 2015

Réaliser des anime coûte cher. Comme dans toute industrie, il faut savoir garder les comptes à l’équilibre pour pouvoir continuer à exister et produire. Un exercice très compliqué qui ne pardonne pas.

Clap de fin pour Manglobe ! Alors que le studio s’apprêtait à sortir un nouvel anime cet automne, Genocidal Organ, son insolvabilité l’a obligé à déposer le bilan et mettre la clé sous la porte, 13 ans après sa création. Connu pour Ergo Proxy, Gangsta, Que Sa Volonté soit Faite, Hayate the Combat Butler, mais surtout Samurai Champloo, Manglobe avait largement mérité ses lettres de noblesse. Une reconnaissance insuffisante pour régler la note. Mercredi 30 septembre, l’animateur Toshio Kobayashi (Mobile Suit Gundam UC) expliquait sur Twitter qu’il ne toucherait pas son salaire et lançait un appel à l’embauche, de même qu’Hideto Komori (Hayate the Combat Butler !). Tamiki Wakaki, auteur de Que Sa Volonté soit Faite (The World God Only Knows) a exprimé ses regrets et ses souvenirs du studio, toujours à l’écoute et à la recherche d’un travail bien fait.

Le déclin d’une industrie ?

On le sait, réaliser un anime coûte cher. La réalisation, la création peuvent coûter jusqu’à 2-3 millions d’euros (environ 250 millions de yens) pour une saison de 13 épisodes. Le producteur de Shirobako, Takayuki Nagatani, expliquait que ses 24 épisodes lui revenaient à 4 millions d’euros. Or, la rentabilité d’un anime repose sur la vente des goodies, des DVD et autres marchandises. Au Japon, à la fois pour des questions de rentabilité et de surface, les épisodes sont généralement vendus par 2 ou 3, au prix de 90 euros environ. Pas toujours évident d’assurer l’équilibre donc. Et dans un contexte de crise économique, on sait que les achats sont à la baisse. Rares sont les studios qui parviennent à assumer une rentrée « correcte » d’argent. Certains studios, à l’instar de Kyoto Animation (Beyond the Boundary, Clannad, Amagi Brilliant Park, HyoukaSound ! Euphonium), parviennent, sans trop produire (2 anime par an de 13 épisodes en moyenne) à délivrer de la qualité tout en s’assurant d’être rentable. A voir les anime produits chaque année – on dépasse les 200 – 300 productions – il est certain que tous ne s’y retrouvent pas. C’est un monde compétitif, qui se perd bien souvent, et perd ainsi les spectateurs.

Enfin, pour le maître Hayao Miyazaki (Ghibli), la fin de Manglobe pourrait bien signer « la fin des anime ». Très sévère, Hayao Miyazaki dans une autre interview, soulignait que “la plupart des animes est à peine basée sur l’observation de gens qui les entourent. C’est produit par des humains qui ne supportent pas de regarder d’autres humains. Certaines personnes passent leur vie centrées sur elles-mêmes. […] L’ensemble de l’industrie est remplie d’otaku”.

En mai dernier, Hideaki Anno (Neon Genesis Evangelion), indiquait sur la chaîne russe, RIA Novosti, que l’industrie de l’anime disparaîtrait dans les années à venir. « L’animation japonaise est sur le déclin. C’est déjà mal engagé. Après cette chute, il y aura probablement une renaissance. [….] Je ne pense pas que l’animation disparaisse, mais peut-être qu’il n’y aura plus les conditions qui ont existé jusqu’à maintenant et qui ont permis de créer des films intéressants ».

D’autres experts pointeront le piratage comme raison du déclin de l’industrie : en ne payant pas sa consommation d’anime, le spectateur ne reverse alors pas de contribution aux studios.

infographie-adn-anime

En attendant, le projet Genocidal Organ pourrait être confié à un autre studio.


Reader's opinions

Laisser un commentaire


[There are no radio stations in the database]
// JavaScript pour le player